Les "Brèves" de l'Association des profs du Conservatoire-HEMU #4
Galeries du commerce
Il y a une trentaine d’années, le Conservatoire et la Haute École de musique ont été installés dans les anciennes Galeries du Commerce, menacées à l’époque de disparition.
À l’entrée Est du 3e étage figure encore la fonction première de ce bâtiment.
Cette inscription y figure-t-elle encore pour dire combien l’art est de nos jours — ou n’a jamais autant été — objet de commerce ?
Ou pour avertir ceux et celles qui pénètrent dans ce haut lieu de la culture que ce qui s’y joue n’est pas forcément une douce harmonie prête à réjouir les cœurs ?
Car force est de constater qu’aujourd’hui, si la musique habite avec bonheur ce lieu, un drôle de commerce s’y pratique, avec ses changements incessants de personnel après très peu d’années de bons et loyaux services, ainsi que ses mises au concours qui divisent les postes d’enseignement et n’offrent quasiment systématiquement que de petits pourcentages ne permettant pas de vivre décemment.
Quelques exemples assez parlants, voire criants :
Côté personnel administratif et technique, les statistiques montrent, sans ambiguïté ni ménagement, que depuis 2019, c’est la valse à mille temps qui s’y joue, avec un renouvellement effréné des effectifs, à en donner le tournis, au point de ne plus savoir si madame Unetelle remplace monsieur Untel, à moins que ce ne soit l’inverse, ou alors si le poste est vacant.
Cette situation péjore considérablement la bonne marche de l’administration et le suivi, par exemple, des dossiers RH et, dans certains cas, des salaires. Il y a aussi une perte de mémoire, peut-être intentionnelle… Qui assure aujourd’hui un suivi historique, même à moyen terme, des choses ?
Mais le manège continue de tourner, sans que personne n’y mette le holà.
Côté personnel enseignant et de recherche, c’est la multiplication des petits postes qui est de mise… et qui laisse les heureux·ses élu·es sur leur faim.
Peut-être dans un souci philanthropique visant à donner un peu (très peu) de travail — mais en tout cas beaucoup d’illusions — à de futur·es musicien·nes pauvres qui peinent à joindre les deux bouts ?
Ou pour favoriser le brassage intergénérationnel et culturel ?
À moins que ce ne soit pour éviter que ces nouveaux enseignant·es ne s’intègrent correctement dans l’institution et ne s’intéressent de trop près à tout ce petit et très triste commerce ?
Là, il faut bien l’avouer, les organes directeurs ont trouvé la bonne stratégie, ainsi qu’une complice à leur hauteur en la Fondation qui, comme à son habitude, ne prend pas ses responsabilités et baisse les stores.
Défendre le métier d’enseignant·e de musique et les salaires de ceux et celles qui donnent vie à l’Institution avec les élèves — et dont la qualité du travail est pourtant louée par le comité de Fondation ainsi que loin à la ronde — n’est manifestement ni une priorité ni une nécessité pour tout le monde. Silence…
Que dire des tentatives répétées de mettre la main sur le Fonds de solidarité, créé en son temps pour venir en aide aux enseignant·es connaissant des problèmes de santé ou dont la retraite était maigrichonne, et dont le but servirait aujourd’hui à d’autres fins institutionnelles ?
Enseignant·es, restez vigilant·es !
Nous conclurons ici ce petit billet sans oublier de mentionner les politiques qui se voilent la face et se bouchent les oreilles en se réfugiant derrière le statut de cette vénérable institution qui, chantent-ils·elles sirupeusement, les empêche d’intervenir, par cette question :
Quand est-ce que les personnes qui font l’Institution, c’est-à-dire les travailleurs et travailleuses qui sont en première ligne, auront droit à être reconnu·es à part entière comme les véritables acteur·trices professionnel·les ayant besoin de liberté pédagogique, de moyens pédagogiques et économiques (salaires et taux contractuels décents), de respect et de soutien de la part de la hiérarchie ?
Il serait bon de relire Pot-Bouille et Au Bonheur des Dames afin de comprendre que commerce et école ne peuvent fonctionner ensemble sous la seule direction pécuniaire…
A lire, reproduire, diffuser !





