… c’est faire parler l’école et les enseignant·es, mais hors de l’institution, loin de la bien-pensance, en étant affranchi du discours professionnel et du cadre admis par le pouvoir. Il s’agit de sortir du discours autorisé, avec toutes les limites que nous lui connaissons, pour donner une voix à la vie et aux conditions réelles de l’existence. Autrement dit, il est question de donner libérer la parole sur tout ce qui est tu par la contrainte du pouvoir.

Nous avons l’ambition d’ouvrir une bataille culturelle, pour dire la vérité et pour ne plus devoir parler que dans le cadre déterminé par le pouvoir. Avec « Paroles de la vie enseignante », nous voulons prendre la main sur le discours, mais aussi sur les conditions de production du discours, en mettant en lumière ce dont on ne parle que de façon anecdotique, ce dont on parle peu, ce dont on ne parle jamais.

Les textes de cette rubrique sont et seront autant de paroles de la dissidence, c’est-à-dire des propos changeant les conditions de l’hégémonie. Ici, il est donc bien question de la confrontation avec le pouvoir, à travers le récit authentique de notre existence, de notre professionnalité, de nous-même.

Huit premiers textes sont publiés pour lancer cette publication en ligne sur le site de la Fédération syndicale SUD (accessibles avec les liens ci-dessous).  Nous espérons que leur lecture initiera un mouvement d’émulation et que d’autres contributions suivront, avec une grande liberté de forme. Nous faisons le pari que ces productions entreront en interaction les unes avec les autres jusqu’à constituer une mosaïque de la condition enseignante d’aujourd’hui.

Adressez-nous vos propositions de textes. Nous en parlerons avec vous pour les éditer et les publier.

SUD-Education

 

 

Les huit premiers textes:

Ginette _ 41 ans de service _ une fin de carrière vénère

Elle a cette fichue manie de laisser traîner SA tasse sur le pupitre. La classe de Ginette est un monde en soi, mais un monde ouvert; un monde à l’enseigne d’une hospitalité ancienne. C’est une sorte d’île où les Ulysse contemporains, jeunes ou vieux qu’ils soient, récupèrent les forces nécessaires pour la suite de leur Odyssée ; ils se posent, engrangent, découvrent, se boostent et puis s’en vont, heureux et reconnaissants de ce qu’ils ont vécu, reçu.

L’exact contraire de ce qui se passe avec le Conseil d’État de ce canton au moment de faire passer le budget de l’année suivante: subterfuges, bassesses, décrets et mensonges pour éviter toute écoute et toute discussion.

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Dans la rue _ automne 2025

L’air du temps est au mensonge, à la tromperie; notre savoir-vivre ensemble a pris du plomb dans l’aile. Et puis on a osé leur faire le coup de la baisse du salaire sous couvert d’une fausse crise budgétaire; on leur a refait le coup du mépris comme on fait le coup du lapin, pour les faire taire une fois pour toutes.

Derrière les grandes parois vitrées du Grand Conseil rien ne bouge, comme pour mieux signifier l’immobilisme caractéristique de ce lieu de pouvoir. Mais la colère ne décolère pas et l’insulte est bien vive; mais l’heure n’est pas aux relents de plomb, l’heure sent bon la désobéissance, il ne faut pas que le parfum flétrisse.

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Le directeur convoque _ partie 1

Ou quand l’école vous pousse droit dans le mur … invisible.

Le mur invisible est conçu comme une menace et il est vécu comme une mise en danger; souvent né de la suspicion, d’un désir maladif de contrôle, il révèle une manifestation zélée du pouvoir de fonction, dans cette chronique, celui d’un directeur; le mur invisible recourt à la peur et à l’humiliation dans le but d’asservir; il est aliénant.

En vous convoquant, l’autorité vous rappelle que vous n’êtes ni un partenaire ni un collègue, vous êtes un subalterne. Vous saisissez qu’on vous a à l’œil. Vous êtes sous contrôle.

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Le directeur convoque _ partie 2

Ou quand l’école vous pousse droit dans le mur … invisible.

Notre école est une école à l’enseigne d’un tabou: celui du bien plaire: l’école est le lieu où vous n’avez pas le droit de déplaire.

Pourquoi parle-t-on de moins en moins de pédagogie entre enseignants?

Pourquoi est-ce que l’on passe le plus clair de son temps, à l’école, à se plaindre, plutôt qu’à évoquer ce qui peut être mis en œuvre pour que l’on arrête de se plaindre?

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Lynne _ enseignante 1-2P _ un quotidien d’enfer!

Il y a 25 ans, après quelques années aux Beaux-Arts, elle a renoncé à tenter une carrière artistique: peintre, dessinatrice; aujourd’hui, la voici enseignante pour la petite enfance dans un établissement du grand Lausanne; elle ne dessine quasiment plus, où trouver le temps?

Pourquoi est-ce que la plupart des directeurs continuent de croire qu’enseigner à des enfants de 4-5 ans c’est une occupation de brave petite maman? de gentille petite maîtresse?

Chaque instant vécu par Lynne avec ses élèves est un moment de présence; il n’y a pas de pause, il n’y a que du taf.

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Théodore _ l’école qui use

Il y a donc une valise qui roule dans un couloir d’école et un homme qui la tire.

Téd est jeune, très jeune, il n’enseigne à temps plein que depuis dix ans; il lui reste encore au moins 30 ans de carrière, il se demande parfois comment il fera avec son dos.

Faire.

Comment faire, faire avec, faire attention, que faire, refaire ?

La même valise ? Jour après jour ? Dans les mêmes couloirs ? Avec le même bruit ? Pendant combien de temps encore ? Trente ans ? Vraiment ?

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L’école des murs

Cyclades, un pan de mur au sud d’Amorgos; empilement de pierres complexe, fascinant, savant et beau.

Ici, il faudrait abattre les murs en béton; l’école vaudoise en possède de tout genre… ceux qu’on voit, bien sûr, ils canalisent et délimitent les espaces du vivre ensemble; ceux qu’on ne voit pas, il est vraisemblable qu’ils cloisonnent et limitent le vivre ensemble.

À chaque pan de mur son injonction; apparemment, c’est ça le vivre ensemble qu’on s’est choisi.

Qui allait habiter ces locaux?

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Personne ne peut le faire à notre place

Nous nous sommes promis de reconduire notre colère, nos cris et nos actions de refus à quelque coupe que ce soit, quelque forme que celles-ci puissent prendre; depuis Noël 2025, une épée de Damoclès plane sur notre droit de grève.

Le plus inacceptable c’est ce désir de voir trembler les gens; ce désir amoral de les faire taire par la peur. Cette peur, nous l’avons déjà vaincue. Nos futurs actes de refus, de désobéissance, nos futures grèves, devraient maintenant nous apparaître comme le plus urgent de nos devoirs civiques.

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